Pensées d'une nuit...

Publié le par Votre ancienne PNC préférée!

Je vous écris de cet avion, ce 777 que j'ai si bien connu!

Me voilà à 10.000m d'altitude, il fait nuit et comme chaque nuit passée dans ces carlingues qui m'ont emmené aux quatre coins du monde, je ne dors pas.

Bien sûr je suis de l'autre côté du miroir cette fois, simple passagère et j'observe depuis des heures ceux qui je ne peux m'empêcher d'appeler collègues: travailler, faire leurs gardes, discuter... L'impression si étrange de ne plus faire partie de ce monde et pourtant de ne pouvoir jamais vraiment m'en dissocier.

Je connais les moindres recoins de cet avion: le cockpit, les galleys, les postes repos... Son odeur m'est familière, je marche en terrain connu, sa lumière me donne cet aspect blafard que j'ai eu pendant des années! Je sais que la nuit va être blanche, et pourtant ici ça me paraît presque normal et du coup je ne me formalise pas.

Et puis je me retrouve par hasard à échanger quelques mots avec le stew de garde au galley avant et je suis presque à deux doigts de prendre une armoire pour m'asseoir comme si de rien n'était!

Ah ces galleys... Le haut lieu de nuits sans fin, de discussions à bâtons rompus avec des gens qu'on ne reverra peut être jamais, cet endroit où on se retrouve à parler à un inconnu comme à un ami de longue date de nos vies, de nos peurs et de nos chagrins mais aussi de nos joies... Que de fous rires, tout est si intense ici! Comme si les frontières nous les avions laissées aux hommes en bas.

Cela fait un moment que je ne vole plus en tant que pnc: 3 ans officiellement, 4 depuis mon accident... Et pourtant toutes ces choses sont ancrées en moi à jamais, je réalise qu'une fois pnc on le reste à vie, comme une marque indélébile tatouée dans notre cœur et dans notre tête. Et d'un coup je sens le manque de ces petites choses, de ces petits riens qui rendaient cette vie un peu dingue plus douce, de ces échanges, de ces nuits oh combien fatigantes, de ces vols interminables! Oui, être pnc me manque et je pense que je dois aussi accepter ce manque pour aller de l'avant. Mais ce qui me rassure au fond de moi c'est que j'ai la certitude d'être à jamais une pnc, impossible de tourner la page comme ça!

On évolue, on change, mais ce qui nous a forgé reste indéfiniment ancré à ce que nous sommes... Et je suis extrêmement fière de faire partie de ces hommes et de ces femmes :)

Et si j'essayais de fermer un peu les yeux pour cette fois et me laisser transporter?

Pensées d'une nuit...

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PESKENS Fabrice. 30/08/2016 23:12

Merci pour ce billet: on ressent clairement la passion pour ce beau métier de l' aérien qui vous a transporté dans tous les sens du terme ! J' ai hâte de lire la suite, un fidèle lecteur et aussi pilote du Dimanche sur DR 400, donc je peux comprendre certaines choses... Bien cordialement, Fabrice.

Votre ancienne PNC préférée! 31/08/2016 10:52

Merci à vous! Et oui je me rends compte que j'ai chopé le virus et qu'il ne me quittera plus :)