Les accidents, ça n'arrive pas qu'aux autres...!

Publié le par Votre ancienne PNC préférée!

Les accidents, ça n'arrive pas qu'aux autres...!

Voilà un long moment que je n'ai pas pris le temps de venir poster par ici... 

Aujourd'hui j'ai décidé de m'accorder ce temps, parce que je continue de recevoir de gentils messages de votre part chers lecteurs, et il y a une question qui revient régulièrement: mais pourquoi tu n'es plus PNC?

Il est temps je pense de vous expliquer le pourquoi du comment, j'espère que cela rendra mes collègues PN encore plus attentifs à leur environnement de travail et que cela ouvrira les yeux aux autres car non, les accidents n'arrivent (malheureusement) pas qu'aux autres.

C'est aussi un épisode de ma vie personnelle/professionnelle qui n'est pas facile, même si le temps fait bien les choses, mettre tout ça par écrit m'oblige à me replonger dans une période de ma vie que je souhaite surtout oublier!! Mais il parait qu'écrire est une thérapie alors ajoutons cela au long parcours de "guérison"...

... par où commencer?

Une date: le 27 novembre 2007. Jamais je n'oublierais ce jour, le "début" d'une longue descente aux enfers, alors qu'à la base j'avais appris la veille au soir que j'étais prise chez Air France!! 

J'étais encore chez Airlinair, sur le vol Montpellier-Lyon (ça aussi, on n'oublie pas), seule, vol plein. Météo au top! En même temps la météo ne rentre en rien de mon histoire (je vous fait mariner c'est tout :p)

Me voilà donc au galley arrière, sur le point de préparer mon service. Je sors donc le trolley de son emplacement... et ce que je ne vois pas c'est qu'une des roues avant s'est dérobée au moment où je le soulève pour le sortir de son emplacement (les PNC, vous reconnaissez le geste?)... je continue donc de sortir le trolley sans me rendre compte de rien, et une fois sortie je lâche la poignée pour mettre le frein et là... s'est arrivé en moins de 2s même pas... le trolley perds l'équilibre et l'angle vient taper de tout son poids (environ 50/60kg, il était plein en plus) sur le dessus de mon pied droit! Voilà l'accident tout bête, tout con, qui dure 2s et qui va changer ma vie. Ca ne tient pas à grand chose! Quand j'y pense j'enrage encore... comment ne pas voir qu'une roue est partie? Pourquoi mon pied était là dessous? Et surtout, pourquoi par la suite personne n'a été fichu de s'occuper de moi correctement?

J'ai fait l'aller/retour comme ça ce jour, j'avais super mal mais je pensais surtout que j'allais me retrouver avec un beau bleu... pour couronner le tout, je me retrouve le soir à l'hôtel à Montpellier avec une valise bloquée parce que les bagagistes s'étaient amusés à tourner la fermeture de celle-ci et à changer le code au pif... la bonne blague!! Me voilà à la réception de l'hôtel à forcer la serrure à 22h.. je les aurais tués!

Et puis à 4h du matin je me suis réveillée avec une douleur lancinante, j'ai compris que quelque chose n'allait vraiment pas: mon pied était gonflé, d'une couleur incertaine entre le bleu, le noir et le violet. Je pars en vol comme ça quand même alors que je ne peux pas poser le pied à terre... mais arrivés à Lyon je dis au commandant de bord que je vais finir par m'évanouir s'il continue à me faire voler sans appeler les renforts. De retour sur Montpellier il me conduit aux urgences, et là aussi le début de mes déboires commence: lecture de la radio à l'envers (....), le lisfranc? C'est cassé? On plâtre? On fait quoi? Bah rien. On mets un strapping et on fait rentrer la jeune fille chez elle parce que c'est flou cette histoire on comprends pas bien... et moi je ne dis rien, je ne suis pas médecin, vous voulez que je fasse quoi?!

Je passe 15j en béquilles, je m'inquiète un peu, en janvier je dois partir à New York avec ma maman! On enlève le strapping et c'est vraiment pas beau ce que je vois!! Mais pour les médecins ce n'est rien, c'est le fait d'avoir été enfermé dans un pansement 15j... ok...

Je pars en vacances, dur dur de marcher des kilomètres dans la grande pomme mais je ne cherche pas, je me dis que c'est normal!

Et puis la vie reprends son cours... je rentre chez Air France, enfin!!! Je commence à avoir des douleurs au genou, le droit, bizarre... après plusieurs examens, il s'avère que le ménisque est fissuré, et la gaine des tendons complètement enflée, à cause du choc de mon AT de novembre. Ok...

Le temps passe encore un peu, j'ai toujours un peu mal mais je me dis que ça mets du temps à guérir un pied... et puis me voilà sur un vol retour long courrier, je descends au poste repos, je suis très fatiguée et ce pied me lance de plus en plus va comprendre... 

Et au réveil, il a tout simplement doublé, peut être même triplé de volume!!! Que faire? Je n'arrive même pas à mettre mes chaussures d'uniforme, c'est la panique à bord... 

De retour à Paris, en plein mois d'août, j'entends de tout: une tumeur? une fracture de fatigue? une embolie? moi qui déteste les médecins et les piqûres je suis servie... je passe des heures aux urgences, dans les hôpitaux, personne ne sait, personne ne comprends... on pose un diagnostic là comme ça: algoneurodystrophie. Kesako??? Ah le choc suite à mon accident du travail... ok... mais comment on soigne ça? Et c'est parti, piqûres dans le ventre, traitements divers et variés, je suis une loque, je pleure de douleur et rien ne marche. Alors certains me disent: "Mlle, c'est dans votre tête, prenez des anti dépresseurs ça ira mieux". Comment ça?? J'ai un accident, un meuble qui me tombe sur le pied, mais c'est dans ma tête? Cette douleur qui ne part pas, ce pied enflé qui ne passe même pas dans une basket, c'est dans ma tête? Je suis au bord du désespoir...

Quant aux vols n'en parlons même pas... je me retrouve en arrêt sans cesse, en mi temps thérapeutique, harcelée par ma hiérarchie qui pense que je me la coule douce pendant mes arrêts répétés... j'en arrive à mentir pendant mes reprises d'activités au médecin du travail (et oui) parce que je veux, je dois travailler, car ma santé mentale en dépends, parce que j'ai peur de ne plus pouvoir voler, parce que de tout façon je ne sais pas ce qui cloche et qu'en prime financièrement c'est la galère de ne pas travailler.

2 longues années se passent comme ça. 2 ans. C'est long 2 ans, croyez moi. Cette douleur devient une obsession et pour le coup oui, les prémisses d'une déprime se font bels et bien sentir.

Et puis je guette une lueur d'espoir... un médecin qui veut m'opérer...!!! J'y crois, c'est lui mon sauveur!!!

Je pars pour mon dernier vol le sourire aux lèvres, en me disant que je reviendrais dans quelques mois en pleine forme et que là enfin je pourrais travailler comme tout le monde!!

Si seulement....

L'opération est un échec total, on se trompe sur la procédure chirurgicale, je me retrouve au bloc 2 fois, je chope une infection nosocomiale grave, me voilà hospitalisée, boîtante, les douleurs sont encore pire, on me dit que je ne remarcherais plus jamais comme avant. C'est bon là je touche le fond. 1 an et demi d'arrêt entre hôpitaux, opérations, traitements, et beaucoup, beaucoup de larmes. Pourquoi moi? Pourquoi j'en suis arrivée là? 

Je refuse d'entendre les médecins qui me disent: fini le métier d'hôtesse de l'air! Ils vous jettent ça à la figure comme "on n'a plus de baguette désolée mais on a du pain coupé!". C'est facile de dire ça... mais moi je vais faire quoi de ma vie?

Voilà comment un accident qui paraît anodin fout en l'air votre carrière... voilà comment en 2s la vie de quelqu'un bascule! 

Je ne suis plus une être humain avec une personnalité, mais un bout de chair qu'on ausculte, qu'on soulève, on charcute, on referme et on recommence. On comprends pas comment on en est arrivé là... bah ça tombe bien moi non plus!!! D'un coup d'un seul je me retrouve avec des séquelles à vie, des douleurs encore plus fortes qu'avant, et une déprime absolue. 

Et puis.... quand on touche le fond on ne peut que remonter n'est ce pas?

Que cette remontée a été longue!! Mais on s'accroche et on commence par faire le deuil: de son métier, de celle qu'on était et qu'on ne sera plus. Oui, je parle de "deuil" et je pèse mes mots. Le cheminement est exactement le même: le déni, la colère, l'acceptation, je suis passée par tout ça et je n'ai pas honte de le dire! 

J'ai repoussé les limites, j'ai lâché mes béquilles, j'ai commence à remarcher, d'abord mal et lentement, puis avec de plus en plus d'assurance et faisant taire la douleur. Elle est là, toujours, persistante et présente comme mon ombre, mais je refuse de l'écouter. J'ai accepté que je ne pourrais plus jamais être PNC et j'ai fait ma demande de perte de licence: la démarche la plus dure, parce que ce n'est pas MA décision mais bien celle du destin...

J'ai repris mes études, j'ai réappris à vivre, à retrouver le sourire et à aimer la vie. 

J'ai rangé mes uniformes, j'en ai gardé un en souvenir et j'ai ouvert ce blog... j'ai suivi une thérapie aussi, une vraie avec un psy lol avant d'en arriver là. Et j'ai reçu beaucoup, beaucoup d'amour: de la part de ma famille et de mes amis, de gens que je ne connaissais que virtuellement, de collègues. J'ai appris à puiser des ressources insoupçonnées au fond de moi, et j'ai pansé mes blessures. Accepter son handicap, ses limites, sans pour autant arrêter de vivre, bien au contraire!

La vie n'est pas un long fleuve tranquille c'est sûr! Mais jamais je n'aurais cru qu'un "accident du travail" ferait autant de dégâts et me ferais souffrir autant!

Je me suis demandée si j'aurais pu reprendre les vols comme avant mon opération? Impossible vu les douleurs, mais après j'avais tellement fait longtemps avec... sauf que ce métier vous demande tellement de vous, qu'en tout logique c'est impossible!! Que les médecins n'auraient jamais accepté, et qu'on ne peut pas faire ce travail "à moitié!".

Quand je prends l'avion comme simple passager, j'ai mal. Je souffre du début à la fin... voler n'est plus un plaisir, sauf pour la destination où il m'emmène... j'ai pleuré la première fois que j'ai repris les vols, et que j'ai vu mes collègues qui n'étaient plus mes collègues... de la colère et de la tristesse de me retrouver de l'autre côté du miroir... aujourd'hui j'arrive à en apprécier le sens, je suis là et je voyage! Mais quel chemin pour arriver à se dire ça... ça paraît rien comme ça.

Se reconstruire prends du temps, et j'ai fini par faire le deuil quand je me suis retrouvée à travailler pour les pnc en inaptitude... des histoires de vie différents, des accidents variés mais un point commun: devoir réapprendre une nouvelle vie, un nouveau métier et se sentir perdu et se demander si on s'en sortira? J'ai pu aider et accompagner mes collègues et ça été la meilleure des thérapies.

La page ne s'est pas encore complètement tournée, et peut etre qu'elle ne se tournera jamais complètement, mais aujourd'hui je veux croire que mes faiblesses et mes douleurs d'hier sont ma force de demain! Que les choses n'arrivent jamais par hasard et que tout cela a un sens, même si parfois cela m'échappe.

Je veux terminer ce long récit (désolée pour le pavé et encore je fais court) et disant à tous les PN: faites attention à vous, votre santé fait votre métier, et cela peut arriver à tout le monde, sans prévenir. Prenez soin de vous, prenez soin de votre corps et de votre esprit et volez en ayant toujours dans un coin de votre tête que ça peut s'arrêter du jour au lendemain! Et savourez quand vous êtes là haut dans ciel, la chance que vous avez de vous envoler chaque jour vers de nouveaux horizons. 

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